La Morinière

La Savonnerie

Avant de devenir l’un des fleurons des parcs Rezéens, le parc de la Morinière qui s’étend sur près de 3ha est un témoin de l’activité industrielle des bords de Sèvre, lieu prisé pour l’implantation de manufactures. S’y succèdent un dépôt de poudre de la ville de Nantes et une fabrique royale d’engrais établie sous le règne de Louis XV. C’est en 1837 que s’installe la première savonnerie française. À l’époque, la région doit trouver un palliatif économique et tente de lancer une production jusque-là dominée par le fameux Savon de Marseille. Pour ce faire, on utilisera un produit encore peu utilisé, l’huile de palme, préférée au suif pour son faible coût de production.

Crée par Charles Bonamy, l’usine pouvait alors traiter 500 000 kg de savon par an et employait une 15aine de personnes. « C’est la première savonnerie de ce genre dans notre pays et probablement la seule en France qui ait autant d’importance », écrit à l’époque un dénommé Verger : « cette industrie (…) semble devoir faire de Rezé un second Marseille, au moins pour le savon ». Outre l’industrie savonnière, les applications des corps gras étaient nombreuses comme l’éclairage à chandelles, la protection des navires, etc.. A noter que le principal actionnaire n’était autre que Thomas Dobrée… La savonnerie de la Morinière disparaît pourtant vers 1847.

Aujourd’hui, la Savonnerie de l’Atlantique basée à Trentemoult continue de perpétuer l’héritage du savoir-faire des Maîtres Savonniers français.

 

La Tannerie Suser

A la fermeture de la savonnerie, de nombreux ouvriers sont restés sans travail. C’est en 1848 qu’Henri Suser, originaire d’une famille l’Est de la France, et installé à Rezé, écrit au préfet pour lui demander l’autorisation d’implanter sa tannerie sur le site de la Morinière avec comme argument fort la promesse d’embaucher… Une dizaine d’années plus tard, en 1861, la tannerie-corroierie compte déjà près de 900 ouvriers et devient la seconde entreprise du département… Elle travaillait alors le cuir et la peau, fabriquait des chaussures et semelles en cuir et pendant la guerre franco-allemande de 1870, était soucieuse de confectionner les guêtres qui recouvraient le bas de la jambe et le dessus de la chaussure des soldats…

C’est à cette période d’apogée pour l’entreprise qu’Henri Suser fit construire sa maison de maitre baptisé «Le petit Choisy sur Sèvre», directement sur le site de l’usine et que certains appelaient le «château». C’est également lui qui fit viabiliser la route attenante à sa propriété, devenue rue Jean Baptiste Vigier aujourd’hui.

À sa mort, son fils reprend l’activité, mais l’approche du XXe siècle est marquée par une baisse d’activité significative. Contraint de vendre la manufacture en 1893, il trouve repreneur avec la société nantaise de produits chimiques qui décide d’y construire ses propres bâtiments.

 

L’Usine Chimique

En 1894 une société de produit chimique marquera son passage d’une haute cheminée en brique rouge frappée des lettres SN, initial de « Société Nantaise » et rappelle le passé industriel de ce lieu aujourd’hui transformé en magnifique parc.

Cette usine produisait les produits chimiques nécessaires à l’extraction du minerai d’or et laissera des traces indélébiles bleues sur les roches et les chemins qui bordent de la rivière notamment lors d’une explosion en 1905… Un énorme nuage de fumée et des produits cyanosés se déversent alors dans la Sèvre rendant la roche à certains endroits bleue. Cette explosion provoqua également un amoncellement de poussières sur le chemin situé après le Quai Leon Sécher, ce qui lui valut le nom de « chemin bleu ».

En 1914, la guerre entraîne l’abandon du site et mit fin à la vocation industrielle du quartier. Seule la maison reste habitée jusqu’à son acquisition en 1974 par la ville de Rezé et l’ouverture officielle du parc de la Morinière se fera en 1977. Aujourd’hui quelques traces bleues subsistent encore sur les murs de la propriété et témoignent du passé…

 

Le Pont de la Morinière

C’est au moyen-âge que remonte la trace d’un pont reliant les deux rives. Alors simple tablier en bois, il est victime à de nombreuses reprises de crues le rendant impraticable et à dû subir autant de réparations…

En 1793, les républicains opposés aux insurgés vendéens le transforment en pont-levis. Malgré les réparations successives, l’état du pont se dégrade fortement et les habitants lancent une pétition en 1869 pour la construction d’un nouveau pont. Les édiles municipaux ne donneront pas suite estimant que le « passage d’eau » permettant de sillonner la Sèvre entre Pont-Rousseau et Vertou grâce à des bateaux à vapeur était à même de satisfaire leurs besoins. Pourtant en 1879, la ville de Rezé entreprend la construction d’un nouveau pont et exproprie à cet effet une partie des terrains de la tannerie Suser. Ce pont équipé d’un tablier métallique et de piles en pierres taillées s’ouvre enfin à la circulation en 1893.

Des travaux d’entretiens sont réalisés en 1905 et 1938 mais l’érosion des berges provoque la déformation de la structure métallique ce qui entraine en 1970 la fermeture de la circulation pendant 17 mois. Reconstruit en béton armé et élargi dans les années 80, l’édifice est aujourd’hui solide.

 

Les Hirondelles

Le nantais Paul Oriolle, un ingénieur et armateur qui s’était distingué lors de l’exposition universelle de Paris en 1867 avec son système de chaudière, fut le premier à demander en 1873 l’autorisation de créer un service régulier de voyageurs à grande échelle entre Vertou et Pont-Rousseau. Tout d’abord avec un bateau à vapeur« la Gondole » capable de transporter 120 passagers puis a bord « d’Abeilles » provenant de ses propres chantiers. En 1886, il cède son affaire qui deviendra la Cie de Navigation de la Basse-Loire.

En 1893, la concurrence s’installe avec l’arrivée du Capitaine Bureau, un ancien de chez Oriolle, qui s’associe avec son frère pour créer la Cie des « Hirondelles ». Originaires de Vertou et en proposant un ticket moins cher que leur concurrent, ils vont rapidement s’attirer la faveur des usagers… Pour se rendre de Vertou à Pont-Rousseau, il en coutait 0,10ct pour un aller et 0,15ct pour un aller/retour. Par manque de rentabilité la compagnie de la basse Loire ne finira par garder qu’un service minimum les dimanches et jours de fêtes pour cesser complètement son activité en 1899. Les Hirondelles elles-mêmes sont mises en difficulté dans les années 30 par la concurrence des autocars. La guerre de 39-45 mettra malheureusement définitivement fin à l’activité de ces bateaux à vapeur…

PS: Grand merci pour ce jeune couple qui à joué le jeu et pris la pose pour moi 🙂

 

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