Trentemoult

Norkiouse

L’historien local Michel Kervarec, auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de la ville de Rezé, s’est intéressé à l’origine de ce nom. Après avoir supposé comme beaucoup une origine anglo-saxonne, celui-ci a réfuté cette hypothèse après avoir cherché dans des documents anciens. Au cours des siècles passés, il a trouvé plusieurs formes d’orthographe pour ce lieu : l’Ortiouse, l’Orthiouze, l’Ourtiouze, Nortiouse, Northiouze, Norkhouse, etc… Jusqu’à Northouse et plus récemment Norkiouse.

Il a envisagé la possibilité d’un « H » disparu en tête du mot, ce qui donne à l’origine, l’Hortiouse.
En vieux français, il existe le mot hort ou hourt venu du germanique hurd. Ce mot désigne, dans l’architecture militaire du Moyen Âge, un ouvrage en bois surmontant une muraille, ancêtre des créneaux en pierre. La présence d’un soubassement de tour a été attestée, il y a une centaine d’années à quelques mètres du rivage. L’Hortiouse serait donc une tour fortifiée médiévale… Une auberge a été construite sur ce socle au début du XIXe siècle jusqu’à ce que, des années plus tard vers 1870, un habitant des lieux entreprit de récupérer les pierres pour son usage personnel faisant disparaître définitivement les traces de cette tour médiévale….

 

Le Trou à Lisette

Situé à l’actuel emplacement du port de plaisance se trouve « Le trou à Lisette ». L’origine de cette appellation est aujourd’hui toujours incertaine et sujette à plusieurs hypothèse… La première serait due au prénom d’une femme qui tenait une buvette à proximité de cet endroit. À une certaine époque, il n’y avait pas de rambarde et parfois les clients des buvettes tombaient dans le trou en sortant du café…

Il existe également d’autres explications quant à l’origine de ce nom. Certains évoquent l’histoire d’une petite fille, Lisette, qui regardait les bateaux depuis l’oeil-de-boeuf de sa chambre. Enfin, la « Lisette » désignerait peut-être la vase liquide qui déjà enlisait les lieux.

L’aménagement de cet espace par la municipalité en port de plaisance date de 1980. Seulement, le port est soumis à un phénomène d’envasement et l’ensemble des pontons et des bateaux s’échoue à marée basse. Les manoeuvres doivent être faite pendant les marées de coefficient supérieur à 80, lors de la pleine mer.

A noter que la rambarde sur la photo n’est pas celle d’origine. Elle a été refaite quasiment à l’identique en s’inspirant des clichés d’époque à l’occasion du tournage de « La Reine Blanche » en 1990 et c’est la production du film qui en a assumer les frais de fabrication…

 

La Marine à Voile

Une importante communauté de marins et de capitaines au long cours a habité Trentemoult. La marine à voile y a d’ailleurs longtemps représentée, avec la pêche, une activité importante… Ces voiliers avaient pour but d’assurer la liaison France-Guyane et avait notamment pour mission le transport de denrées rares, telles que le cacao pour le compte des chocolateries Menier, ou bien l’importation de sucre… Au milieu du XVIIIe siècle, Nantes comptait pas moins de 22 raffineries, cet ingrédient représentant environ 60 % des importations coloniales du port.

C’est la société Henri-Fleuriot et CIE, constitué à Nantes le 5 février 1909, qui fit d’abord l’acquisition d’un trois-mâts, le Belem et qui effectua son premier voyage pour Cayenne le 5 août de cette même année… On confia le navire au capitaine Julien Chauvelon, un Trentemousin qui le commanda durant tout le temps qu’il resta sous le pavillon de la maison Fleuriot et ce pendant près de 14 années. D’autres voiliers furent acquis par la suite comme le trois-mâts « Marthe-Marguerite » et le « Madeleine-Constance », ici sur la photo, tous vétérans des lignes des Antilles et bien connus des Rezéens de l’époque. Ces voiliers assurèrent le trafic jusqu’à la guerre de 1914, année qui fit toucher l’écueil à l’armement FLEURIOT et qui fut dissout en 1915.

 

Les Roquios

De tout temps, les Rezéens ont empruntés « le passage d’eau » communément appeler « le Bac » pour relier Nantes à Rezé par la Loire. A bord de frêles embarcations surnommées « Toues » jusqu’à la fin du XIXe siècle puis à l’aide de bateaux à vapeur. Long de 17 mètres et équipé par un moteur à vapeur de 60 chevaux, le « Roquio » fut le premier bateau de la compagnie de navigation de la basse Loire (CNBL) à avoir assuré entre 1887 et 1958 un service de passagers régulier entre Nantes et Trentemoult.

Ce petit bateau, construit à Chantenay, était le premier de la série de huit unités au total mais hormis le premier, tous les autres ont été ensuite construits par les chantiers d’Argenteuil, dans le Val d’Oise. Les autres bateaux portaient le nom de quartiers ou de villes proche de Nantes : Les Couët, Bouguenais, Roche-Maurice, Trentemoult, Chantenay, Rezé et Salorges (qui sera rebaptisé par la suite Pont-Rousseau en 1935)
Ainsi, « prendre le Roquio » devient un terme générique qui finit par désigner l’ensemble des bateaux. Les passagers pouvaient s’installer dans un salon-cabine équipé de bancs en bois vernis ou bien à l’extérieur sur la plage-avant du bateau en plein-air..

L’équipage des Roquios était composé de plusieurs hommes dont le pilote, qui était le patron de l’embarcation, un mécanicien-chauffeur, un matelot qui faisait l’amarrage et l’embarquement, et un pontonnier qui faisait le même travail que le matelot sauf qu’il restait sur le pont et qu’il faisait en plus la billetterie… Jusqu’à 600 personnes par jour ont utilisés le Roquio, dont la plupart étaient des ouvriers qui partaient rejoindre les chantiers-navals Dubigeon ou les brasseries de la Meuse situées sur l’autre rive. C’était alors le moyen le plus rapide pour s’y rendre sans passer par Pirmil. Devenu la propriété des Messageries de l’Ouest vers 1906, et renommé Bac de Trentemoult, les Roquios seront réquisitionnés par le conseil municipal de Rezé en 1931 faute de rentabilité. Sans cette action, beaucoup d’ouvriers auraient eu des difficultés pour se rendre sur leurs lieux de travail à Chantenay ou à la Roche-Maurice…

Géré par la société Finist’mer, spécialiste du transport de passagers en milieu maritime, et exploité par la Semitan, le Navibus est un nouveau mode de transport urbain lancé en juin 2005. Une première vedette, « Le Trentemoult », relie alors le Port à la gare maritime de Nantes et présente plusieurs similitudes avec ses ancêtres les Roquios. En effet, au siècle dernier, les rotations avaient lieu toutes les 20 minutes et il en est de même pour le Navibus. Quant aux horaires, ils n’ont presque pas changé : premier départ vers 7h et dernier peu avant 20h. L’équipage, lui-même avec plusieurs décennies d’écart, est toujours composé d’un pilote (appelé autrefois le “patron”) et d’un « mousse ». Il n’y a guère que le carburant qui ait changé, le diesel remplaçant le charbon et la vapeur !

Ce service est renforcé en 2006 par un second bateau, « le Chantenay », une unité flambant-neuve et beaucoup mieux adaptée à ce type de transport qui permis d’offrir aux usagers des fréquences de rotations toutes les 10 minutes aux heures de pointes… Enfin, un troisième navire venu étoffer la flotte début 2008, « l’Île de Nantes » destiné a remplacer « le Trentemoult », devenu insuffisant en terme de capacité… Quelle que soit l’époque, les usagers des Roquios ne cesseront de se plaindre du manque de ponctualité, du non respect des horaires au ponton, voire de leurs absences… À leur décharge, il faut bien reconnaître qu’assurer des passages à quelques minutes près, avec pour contraintes la marée, les vents, les crues, les croisements des bateaux, le pont transbordeur et sa nacelle, ainsi que l’intense activité du port de Nantes, la navigation ne devait pas être de tout repos…

 

Le Cinéma

Trentemoult inspire les cinéastes… Claude Chabrol est venu y tourner « La Demoiselle d’honneur » en 2005 et Jean-Loup Hubert en venant y tourner « La Reine Blanche » en 1990 à réveillé un passé nostalgique… Celui des Roquios, du parfum des galettes, du carnaval… Mais ce n’est pas tout à fait par hasard que Jean-Loup Hubert est venu à Trentemoult y réaliser son film. En effet, le réalisateur du « Grand Chemin » est un enfant du pays et a passé toute sa jeunesse à Rezé.
Le temps d’un été, celui-ci a recréer l’illusion d’un Trentemoult ancien avec entre autres la reconstruction du quai et de sa rambarde des quais, l’aménagement d’un marché sur la place de la Haute-Ile et surtout la remise en marche de la billetterie des Roquios. Pour l’anecdote, le visionnage des rushs de plateau s’est fait au cinéma Saint-Paul.

On remarque sur la photo qu’une crêperie porte aujourd’hui le nom de ce film. Autrefois il s’agissait du restaurant appelé « Le Pavillon » bien connu des Rezéens. Au loin, on observe les chantiers Dubigeon sur la photographie ancienne et le pont de Cheviré sur l’actuelle.

 

Les Restaurants

Au début du siècle dernier, le poisson était abondant et de nombreux hommes et leurs familles vivaient de la pêche… Les restaurants qui avaient pignon sur rue proposaient également les plats traditionnels issus de cette pêche… Le week-end, Trentemoult était très fréquenté notamment par les nantais qui appréciaient la tranquillité et la restauration sur les bords de Loire… Les clients y venaient déguster de la matelote d’anguille ou de la friture de poissons, des poulets cuits à la broche mais aussi des galettes et du cidre, sans oublier bien évidemment le fameux beurre blanc. Ces lieux étaient également prisés par les familles qui venaient y célébrer des mariages…

Prise depuis l’embarcadère un jour de noce, cette photo nous montre le café-restaurant – À la Terrasse – et sa « réclame » murale d’autrefois vantant ses salons et des déjeuners à toutes heures ainsi que la fameuse publicité pour le « petit-beurre lu ». Elles ont réapparues sur les quais à l’occasion du tournage de la Reine Blanche. Un peu plus loin, une ancienne guinguette devenu aujourd’hui un restaurant porte le nom de ce met devenu rare et propose notamment une fricassée d’anguille le tout avec une vue imprenable sur la Loire…

 

Les Maisons Traditionnelles

En prévision des crues, les maisons des pécheurs possédaient des murs épais, souvent d’un mètre pour résister à la poussée des eaux. Les maisons étaient généralement construites sur trois niveaux. Le premier, inondable, était occupé par le cellier, la pièce d’habitation étant réservé au deuxième niveau et donc à l’abri de la montée des eaux. Le dernier niveau était occupé par un grenier servant de réserve à bois qui pouvait parfois communiquer avec les greniers mitoyens, permettant ainsi aux voisins de se rencontrer sans avoir besoin d’utiliser des embarcations. Les escaliers étaient en principe extérieurs pour accéder directement à la pièce d’habitation lors des inondations. Ces derniers étaient cependant parfois doublés par un escalier intérieur. Ultime précaution supplémentaire, les maisons disposaient souvent de deux sorties : quand l’eau montait d’un côté on utilisait l’autre accès…

La construction du quai Surcouf à partir de 1850 et du quai Marcel Boissard entre 1860 et 1888, a permis de réduire les risques de débordement du fleuve. Les dernières grandes crues mémorables sont celles de 1910 et 1936. De nos jours, le quartier des pêcheurs a la particularité d’avoir des maisons colorées aux façades originales. La petite histoire veut qu’au début du XXe siècle, les marins utilisaient les restes de leurs peintures destinées aux menuiseries extérieures de bateaux pour décorer leurs maisons…

 

La Petite-Californie

Durant la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe siècle, Trentemoult recense près d’une centaine de capitaines au long cours parmi lesquels des Cap-horniers. La proximité des chantiers nantais situés sur l’autre rive, lesquels ont construits grands nombres de leurs voiliers, explique entres autres cette concentration de navigateurs… Les armateurs, eux, n’avaient qu’à se tourner vers Trentemoult pour recruter ses officiers et constituer ses équipages venant pour la plupart de la Bretagne.

Se sentant à l’étroit dans les maisons de pêcheurs, les officiers se sont fait construire autour du vieux village, d’imposantes maisons bourgeoises pourvues de jardins d’agréments caractérisés par la présence de plantes exotiques ramenées de leurs lointains voyages. Ce sont d’ailleurs ces plantes que l’on peut apercevoir tout au long de la rue qui lui ont données cette curieuse appellation de « Petite-Californie ».

Avant de prendre ce nom, la rue s’appelait « route des Couëts » car elle permettait de se rendre droit au petit bourg de Bouguenais en empruntant le pont du même nom, construit en 1857. Ce pont qui n’existe plus aujourd’hui, enjambait le Seil.

L’Ancien Séminaire des Couëts

Au XIIe siècle est créé au Couëts, dans un endroit isolé de la forêt de Bougon, un couvent de bénédictines et une chapelle. Un petit bourg s’y créer autour peu à peu. Au XVe siècle, le duc François II fait appel à sa tante Françoise d’Amboise, devenu soeur carmélite à Vannes, afin d’y évincer les bénédictines déjà en place. Elle s’installe en 1477 avec plusieurs autres soeurs carmélites qui conserveront ainsi le couvent pendant près de trois siècles…Peu après la révolution, en 1791, suite au refus de recevoir un évêque de Nantes, une manifestation à lieu devant le couvent et aboutit à son invasion. Les religieuses sont emmenées à Nantes et incarcérées au château… Elles réintègrent rapidement le couvent mais le quittent définitivement en 1792. Vendu comme bien national, le couvent et son église sont alors rasés.

C’est sur cet emplacement, au XIXe siècle que de nouveaux bâtiments hébergeront le « petit séminaire de Nantes », un établissement scolaire destiné à accueillir de jeunes garçons qui veulent, entre autres, devenir prêtres. Au XXe siècle, la propriété est rachetée par la fondation des apprentis d’Auteuil. L’établissement catholique devient alors le Lycée Professionnel Hôtelier Privé Daniel Brottier et forme aujourd’hui des jeunes aux métiers de l’hôtellerie. Une anecdote amusante, l’intitulé de la carte postale peut porter à confusion… En effet, le photographe au moment de prendre son cliché a bien les deux pieds sur la commune de Rezé, plus exactement sur le bas du pont des Couëts, mais son sujet « le petit séminaire », est lui bien situé sur la commune de Bouguenais…

 

La Haute-Île

Trentemoult se situe dans un ancien ensemble insulaire : les îles de Rezé, cernées autrefois au nord par la Loire et au sud par le Seil. Le comblement progressif de ce dernier a mis fin à cette insularité. Les îles de Rezé étaient constituées, de l’amont vers l’aval, de l’île des Chevaliers avec les villages de la Haute-Île et de la Basse-Île, du hameau de Norkiouse et enfin de l’île de Trentemoult qui était séparée du reste de celles-ci par un petit cours d’eau : le Courtil-Brisset. Trentemoult concentrant l’essentiel de la population, le nom de l’île était souvent utilisé pour désigner l’ensemble des îles de Rezé, du reste habitées par les mêmes familles durant des siècles. Après Trentemoult, la Haute-île était la plus importante.

Sur cette photo nous pouvons y voir la buvette « Chez ma Tante » située à l’angle de l’actuelle Rue Samson et Rue des Chevaliers. Un café, « Des Bienvenus » y est toujours tenu aujourd’hui, au même emplacement mais les clients de l’époque assis a la terrasse ne risquaient pas de craindre les voitures. Début 1900, on y comptabilisait environ 122 maisons pour 382 habitants.

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4 réflexions au sujet de « Trentemoult »

  1. Aline Ollive-Migout

    Merci beaucoup pour la réalisation de ce montage photographique qui m’a permis de voir les rues de Trentemoult au début du siècle !
    J’y suis d’autant plus sensible que je suis une descendante des familles Ollive et Chauvelon.
    Je réside à Vannes.

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  2. brondy Auteur de l’article

    Mon grand père décédé à la guerre de 14, était pêcheur à trentemoult. La rue de mes grand parents s’appele agaisse comme leur nom de famille et j’aurai aimé retrouvé des info à leurs sujet.

    Répondre

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